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« Défendre le plurilinguisme »

Professeure d’anglais, Silvia Minardi est depuis deux ans présidente du Lend, association italienne de « linguistique et nouvelle didactique » créée en 1971. Elle mène le combat pour la défense du plurilinguisme. Un plurilinguisme qu’elle incarne et souhaite « vivre » autant que possible : l’entretien s’est donc déroulé en français.U DU FRANÇAIS


Quel est le rôle du Lend aujourd’hui, en 2010 ?

Le Lend a été créé à 1971. C’était l’époque, en Italie, des « dix préceptes de l’éducation linguistique » : il s’agissait de valoriser la coexistence de plusieurs langues dans le curriculum et dans l’expérience individuelle.

Or, on a un peu tendance à oublier ces principes à l’heure actuelle en Italie. Le gouvernement a mis en place une réforme de l’enseignement qui porte atteinte au plurilinguisme, en privilégiant l’anglais au détriment des autres langues.

Dans le secondaire, une deuxième langue étrangère était jusqu’ici obligatoire. La réforme a institué la possibilité de remplacer, pour ceux qui le souhaitent, ces heures de deuxième langue par des heures d’anglais, première langue, obligatoire dès le primaire.


Comment défendre le plurilinguisme dans ce contexte ?

Nous avons présenté un recours et nous avons gagné : la possibilité de n’apprendre que l’anglais a été suspendue. Mais le gouvernement a lui-même fait appel devant le Conseil d’État et la réforme devrait être mise en oeuvre à la rentrée prochaine. Nous étudions donc en ce moment la possibilité de faire appel devant la Cour de justice européenne – même s’il est vrai qu’en principe, l’éducation relève de la politique de chacun des États membres…


Qu’en est-il de l’opinion publique italienne?

Il y a un gros travail de sensibilisation à faire, pour lutter contre les préjugés et faire comprendre la nécessité du plurilinguisme. En Italie domine l’idée que l’anglais suffit ou que les Italiens ne sont pas capables de parler des langues étrangères…

Or l’apprentissage d’une première langue étrangère facilite l’apprentissage d’autres langues, j’en fais l’expérience au quotidien dans l’établissement où j’enseigne : les élèves qui apprennent l’anglais et le français depuis leur première année progressent très rapidement quand ils commencent l’allemand en troisième année ! Et pourtant, les langues étrangères reculent. Le français reste la deuxième langue après l’anglais ; l’allemand décline au profit de l’espagnol, réputé plus facile. Or on a un grand besoin d’allemand, par exemple en Lombardie : les entreprises du meuble travaillent beaucoup avec l’Autriche et l’Allemagne. L’allemand est en l’occurrence bien plus utile que l’espagnol. J’aimerais faire entendre notre message au monde de l’économie. Je rêve d’une table ronde avec les industriels et les parents. Les professeurs, eux, sont déjà convaincus…


Quelles sont vos priorités concernant les enseignants ?

La priorité est leur formation. Nous avons à combler un manque criant à l’heure actuelle. Ce sont surtout les groupes locaux du Lend qui assurent ces formations, le plus souvent plurilingues, d’autres fois consacrées à telle ou telle langue en particulier.

Le Lend est une association multilingue, qui vient s’ajouter aux associations de professeurs unilingues, comme l’ANIF qui rassemble les enseignants de français… Le regroupement est-il indispensable ?

Nous cherchons à construire le maximum de réseaux. Le Lend est membre de l’Observatoire européen du plurilinguisme, dont elle a signé la charte. Elle fait aussi partie de Real 2, le projet de réseau d’associations de langues au niveau européen, coordonné par le Centre international d’études pédagogiques de Sèvres, en France. L’idée est d’agir en commun et d’avoir plus de poids, notamment à Bruxelles.

Propos recueillis par ALICE TILLIER

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Le Lend est une association culturelle, regroupant essentiellement des enseignants du secondaire – et un petit nombre d’universitaires, notamment dans le groupe de Catane, le premier à avoir rassemblé les professeurs du secondaire et du supérieur (Unilend). Toutes les langues enseignées à l’école italienne sont représentées, à l’exception du russe : italien, anglais, français, allemand et espagnol. L’association travaille en collaboration avec le Bureau de coopération linguistique et artistique de l’ambassade de France, le British Council, la Consejeria de Educacíon de la Embajada de Espana, le Goethe Institut et l’Österreich Institut. Elle organise séminaires, colloques, formation des enseignants et publie cinq fois par an sa revue.

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Da: LE FRANÇAIS DANS LE MONDE • N°367

Revue de la fédération internationale des professeurs de français

“Français dans le monde”:http://www.fdlm.org/